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La justice américaine peut-elle saisir les biens d’un Français aux États-Unis ?

La justice américaine peut-elle saisir les biens d’un Français aux États-Unis ? Découvrez les règles juridiques, les conditions de saisie et les moyens de défense possibles.

Vous possédez un appartement à Miami, un compte dans une banque new-yorkaise, ou vos activités professionnelles génèrent des créances aux États-Unis. Une question revient fréquemment dans ces situations : en cas de litige, un tribunal américain a-t-il le pouvoir de saisir ces biens, même si vous êtes de nationalité française et résidez en France ? Dans de nombreuses circonstances, la réponse est oui. Comprendre comment ce mécanisme fonctionne peut s'avérer décisif pour anticiper les risques et organiser une défense adaptée.

La localisation d'un bien aux États-Unis suffit-elle à le rendre saisissable ?

Le principe fondateur en droit américain est celui de la compétence in rem : un tribunal a le pouvoir de se prononcer sur un bien dès lors que ce bien est physiquement situé dans son ressort territorial. La nationalité ou le domicile du propriétaire n'est, à lui seul, pas déterminant.

La Cour Suprême des États-Unis a précisé ce cadre dans l'arrêt Shaffer v. Heitner (1977), en posant le principe que l'exercice de la compétence in rem doit néanmoins être compatible avec les exigences du due process. En pratique, cela signifie qu'un tribunal américain peut agir sur un bien situé aux États-Unis à condition qu'il existe des liens suffisants entre la situation et le for saisi.

Pour un ressortissant français, cette réalité est concrète : un appartement à New York, un compte bancaire dans une institution américaine ou des créances dues par une société américaine peuvent, dans certaines circonstances, faire l'objet de mesures judiciaires, sans que votre résidence en France ne constitue une protection automatique.

Faut-il résider ou faire des affaires aux États-Unis pour que ses actifs soient exposés ?

Pas nécessairement. En matière de procédure civile fédérale, la Rule 64 des Federal Rules of Civil Procedure (FRCP) permet à un tribunal d'ordonner des mesures conservatoires sur des biens situés dans son ressort en suivant les règles applicables dans l'État où il est établi. Ces mesures peuvent intervenir dès le début d'une procédure, sans attendre qu'un jugement définitif soit rendu.

À titre d'illustration : si vous avez conclu un contrat commercial avec une société basée à New York et qu'un litige éclate, vos actifs situés à New York pourraient être visés par une mesure conservatoire, même si vous résidez en France et que vous n'y exercez aucune activité permanente.

Quels biens peuvent concrètement être visés par une saisie ?

Le droit américain distingue plusieurs catégories de biens susceptibles d'être saisis. Les modalités varient selon l'État concerné, la nature du bien et le type de litige.

Les comptes bancaires sont souvent les premiers visés, car le gel des fonds peut être obtenu relativement rapidement. Dans l'État de New York, une restraining notice, prévue par la section 5222 du New York Civil Practice Law & Rules (CPLR), peut être signifiée à une banque pour bloquer les avoirs d'un débiteur dans l'attente de l'exécution d'un jugement.

En ce qui concerne l'immobilier, un jugement peut être enregistré comme un judgment lien sur une propriété située dans le comté où le jugement a été rendu. Ce mécanisme peut empêcher la vente ou le refinancement du bien jusqu'à ce que la créance soit honorée ou contestée.

Comment fonctionne la saisie conservatoire avant jugement ?

Qu'est-ce que l'« attachment » et dans quelles circonstances peut-il intervenir ?

Le prejudgment attachment est une mesure qui permet à un demandeur d'obtenir le gel ou la mise sous main de justice de certains biens appartenant au défendeur, avant même qu'un jugement sur le fond soit rendu. Son objectif est d'éviter que le défendeur ne dissipe ses actifs pendant la durée de la procédure.

Dans l'État de New York, l'article 62 du CPLR encadre cette procédure. Un point notable : les défendeurs non domiciliés dans l'État de New York peuvent, dans certaines situations, être plus facilement exposés à ce type de mesure que les résidents locaux. Pour un ressortissant français possédant des actifs à New York sans y être domicilié, cet aspect mérite une attention particulière.

Le demandeur doit généralement démontrer l'existence d'une créance apparente et justifier que l'attachment est nécessaire pour sécuriser le recouvrement futur. Les conditions précises varient selon les États.

Exemple : un entrepreneur français vend des marchandises à un distributeur américain. Ce dernier, en difficulté financière, commence à céder ses actifs à des tiers. Le créancier français peut, dans certaines circonstances, solliciter un attachment sur les comptes bancaires américains du distributeur pour sécuriser sa créance en attendant le jugement sur le fond.

Un jugement obtenu en France peut-il permettre de saisir des biens aux États-Unis ?

C'est une question fréquente : si une juridiction française a condamné une partie à payer une somme d'argent, est-il possible d'en demander l'exécution sur des biens situés aux États-Unis ? La réponse dépend du droit de l'État américain concerné.

Pour être reconnu, un jugement étranger doit en principe être final, exécutoire et définitif dans le pays d'origine. Le tribunal américain saisi vérifiera également l'absence de motifs de refus, notamment : le jugement a-t-il été rendu dans le respect du due process ? Le tribunal étranger avait-il la compétence pour statuer ? La reconnaissance du jugement est-elle contraire à l'ordre public américain ?

Si ces conditions sont satisfaites, le jugement étranger peut être reconnu par un tribunal américain et donner lieu à des mesures d'exécution sur les biens situés aux États-Unis, selon les mêmes mécanismes qu'un jugement américain.

Exemple : une société française obtient la condamnation d'un partenaire américain devant un tribunal de commerce en France. Ce partenaire possède un bien immobilier en Floride. La société peut envisager d'engager une procédure de reconnaissance du jugement français devant un tribunal de Floride, puis de faire enregistrer un judgment lien sur la propriété.

Existe-t-il des exemptions qui protègent certains biens de la saisie ?

Oui, et c'est un point souvent sous-estimé. Le droit américain prévoit des exemptions qui soustraient certains biens à la saisie. Ces exemptions sont définies par les lois de chaque État et varient très sensiblement d'une juridiction à l'autre. Pour un ressortissant français non résident aux États-Unis, ces exemptions peuvent s'avérer plus difficiles à invoquer, dans la mesure où certaines d'entre elles sont liées à la notion de résidence principale dans l'État concerné. Selon les circonstances, elles peuvent néanmoins jouer un rôle dans l'analyse du risque réel auquel une personne est exposée.

Quels réflexes adopter face à une menace de saisie aux États-Unis ?

Si vous êtes informé d'une procédure judiciaire aux États-Unis, ou si vous anticipez un risque sur vos actifs américains, plusieurs éléments méritent attention.

Premièrement, les délais pour répondre à une procédure américaine sont généralement courts. Les règles peuvent varier selon le mode de signification et les circonstances, mais l'absence de réponse dans les délais peut aboutir à un default judgment, un jugement par défaut exécutoire sans possibilité de se défendre sur le fond.

Deuxièmement, la distance géographique n'est pas une protection en soi. Un jugement prononcé en votre absence peut être exécuté sur vos actifs américains, sans que votre résidence en France n'y fasse obstacle.

Troisièmement, si un attachment conservatoire est prononcé, il est généralement possible de le contester devant le tribunal et de demander sa levée, en offrant une caution ou en démontrant que les conditions légales n'étaient pas réunies.

Enfin, la nature et la localisation de vos actifs aux États-Unis jouent un rôle important dans l'évaluation du risque réel auquel vous êtes exposé. Une analyse préalable de la situation, menée par un avocat maîtrisant le droit américain applicable, peut permettre d'identifier les leviers de défense disponibles et d'agir dans les délais appropriés.

Newman Litigation accompagne les particuliers, entrepreneurs et dirigeants français confrontés au droit américain. Pour toute question relative à une procédure de saisie ou à la protection de vos actifs aux États-Unis, contactez le cabinet pour une analyse de votre situation.