Litige entre le Maroc et les États-Unis : compétence des tribunaux US, assignation, exécution des jugements et arbitrage. Le guide pour les francophones.
Cinquième économie d'Afrique, le Maroc entretient des relations d'affaires croissantes avec les États-Unis, souvent portées par des entreprises à capitaux étrangers. Dès qu'un différend prend une dimension transatlantique, la procédure américaine déconcerte : elle diffère profondément de la procédure marocaine. Voici ce qu'un lecteur marocain francophone doit savoir des litiges entre le Maroc et les États-Unis, de la compétence des tribunaux américains jusqu'à l'exécution des décisions.
Le droit américain relève de la common law, tandis que le Maroc appartient à une tradition de droit civil, d'inspiration française. Plusieurs traits du procès américain n'ont pas d'équivalent :
Au Maroc également, chaque partie supporte en principe ses honoraires d'avocat. Cette réalité peut inciter certains défendeurs à faire traîner la procédure, un travers que l'on retrouve, sous d'autres formes, aux États-Unis.
Oui, sous conditions. La compétence repose sur la personal jurisdiction et sur des minimum contacts suffisants avec l'État américain concerné : ventes régulières aux États-Unis, représentant local, contrat soumis au droit d'un État américain, ou ciblage du marché.
Exemple concret : une société marocaine qui exporte régulièrement vers un partenaire américain et contracte sous le droit d'un État américain peut, en cas de litige, être attraite devant les juridictions de cet État.
Ne jamais ignorer une assignation américaine. Le Maroc et les États-Unis sont parties à la Convention de La Haye sur la notification des actes, qui encadre la transmission d'une assignation à un défendeur marocain. Une notification régulière fait courir des délais qu'il ne faut pas laisser passer.
L'inaction expose à un default judgment, jugement par défaut souvent très défavorable, susceptible d'effets au-delà des États-Unis. Réagir vite, avec un conseil qui maîtrise la procédure américaine, est essentiel. Une demand letter peut ouvrir la voie à une résolution.
Au Maroc, les grandes villes disposent de tribunaux de commerce, compétents pour les litiges entre commerçants au-delà d'un certain seuil. Les faits sont tranchés par des juges, jamais par un jury, et la procédure commerciale est largement écrite. La langue des débats et des actes est l'arabe, les documents devant être traduits, ce qui constitue un point pratique important dans un dossier international. Les procédures peuvent être relativement rapides, souvent de quelques mois. Il n'existe pas de discovery : chaque partie réunit ses preuves et les soumet au juge, avec copie à l'adversaire. Cette rapidité et cette économie de moyens contrastent fortement avec la procédure américaine, où la seule phase de discovery peut durer plus longtemps qu'une affaire marocaine entière.
Aux États-Unis, à l'inverse, la discovery peut être longue et coûteuse, le cross-examination est central et l'aléa du jury pèse sur l'issue. Les délais de prescription (statutes of limitations) varient selon l'État et le type de litige, et une action tardive peut être irrecevable.
Un jugement n'a d'intérêt que s'il peut être exécuté là où se trouvent les actifs. En l'absence de convention bilatérale générale entre le Maroc et les États-Unis, la reconnaissance d'un jugement américain au Maroc suppose une procédure d'exequatur devant les juridictions marocaines, selon le droit local, avec une réserve d'ordre public susceptible d'écarter certains aspects, comme des dommages punitifs.
Dans l'autre sens, saisir des actifs situés aux États-Unis ou y collecter des preuves pour un litige mené au Maroc obéit à des règles américaines précises qu'il faut anticiper.
Pour les relations d'affaires transatlantiques, l'arbitrage international est souvent la voie la plus sûre. Il offre un forum neutre, le choix du droit, de la langue et des arbitres, et une reconnaissance internationale des sentences via la Convention de New York de 1958, à laquelle le Maroc et les États-Unis sont parties. Une sentence est ainsi souvent bien plus facile à faire reconnaître qu'un jugement étatique, comme pour un litige impliquant la Suisse et les États-Unis.
Les litiges transatlantiques marocains naissent souvent de contrats commerciaux et de distribution, d'opérations impliquant des sociétés à capitaux étrangers, de projets immobiliers, de questions de propriété intellectuelle ou de différends entre associés. Portés par l'ouverture croissante de l'économie marocaine, ces dossiers peuvent relever des juridictions américaines et mobiliser des mécanismes propres au droit des États-Unis, très éloignés de la pratique marocaine.
La meilleure prévention se prépare à la signature. Quelques clauses méritent une vigilance particulière : la clause de droit applicable, la clause attributive de juridiction ou d'arbitrage, la clause relative aux honoraires et, le cas échéant, une clause de confidentialité. Faire relire ces clauses au regard du droit américain avant de contracter avec un partenaire aux États-Unis est un investissement de prévention modeste au regard du coût d'un litige transatlantique.
Le cabinet Newman Litigation accompagne une clientèle francophone, au Maroc comme ailleurs, confrontée à des litiges aux États-Unis. Comprendre tôt la compétence des tribunaux, la stratégie procédurale et les voies d'exécution permet de mieux protéger ses intérêts. Vous pouvez prendre contact avec le cabinet pour un premier échange.
Oui, si elle entretient des liens suffisants (minimum contacts) avec l'État concerné : exportations régulières, représentant local, contrat soumis au droit américain, ciblage du marché.
Au Maroc, les actes sont en arabe et les documents doivent être traduits. Aux États-Unis, la procédure se déroule en anglais. Ce double enjeu linguistique rend d'autant plus utile un accompagnement adapté dans un litige transatlantique.
Il n'existe pas de convention bilatérale générale. La reconnaissance suppose une procédure d'exequatur devant les juridictions marocaines, avec une réserve d'ordre public, notamment sur les dommages punitifs. Mieux vaut anticiper cette étape en amont, avant même d'engager une action aux États-Unis.
Les manœuvres dilatoires existent des deux côtés. Une stratégie procédurale anticipée, et parfois le recours à l'arbitrage, permettent de limiter ce risque. Une analyse en amont est recommandée.
Bien plus longtemps en général. Là où une affaire commerciale marocaine peut se régler en quelques mois, un litige américain peut s'étendre sur plusieurs années, notamment en raison de la discovery. Ce décalage, comme l'écart de coûts, doit être anticipé dès le départ.
Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique.