Litige entre le Royaume-Uni et les États-Unis : compétence, disclosure, coûts, exécution des jugements et arbitrage à Londres. Le guide pour les francophones.
Le droit américain plonge ses racines dans les tribunaux anglais, et l'on pourrait croire les deux systèmes très proches. En réalité, un litige entre le Royaume-Uni et les États-Unis réserve de vraies surprises, y compris à un praticien de common law. Cet article se concentre sur le droit d'Angleterre et du pays de Galles (le Royaume-Uni comptant plusieurs systèmes juridiques distincts) et s'adresse aussi bien aux acteurs britanniques qu'aux entreprises francophones actives des deux côtés de l'Atlantique.
Angleterre et États-Unis partagent la common law, mais plusieurs différences structurelles séparent leurs procédures :
Oui, sous conditions. La compétence d'un tribunal américain sur une partie étrangère repose sur la personal jurisdiction : il faut des minimum contacts suffisants avec l'État américain concerné (ventes régulières, représentant local, contrat soumis au droit d'un État américain, ciblage du marché). Nier ou ignorer cette compétence ne fait pas disparaître le risque : la contester utilement suppose de le faire selon les règles de procédure locales et dans les délais impartis, non en restant passif. C'est précisément l'un des points où l'accompagnement d'un avocat américain, dès la réception d'une assignation, se révèle déterminant pour préserver ses droits.
Exemple concret : une société britannique qui vend régulièrement aux États-Unis et signe un contrat soumis au droit de New York peut être attraite devant les juridictions de cet État en cas de différend.
Ne jamais ignorer une assignation américaine. Le Royaume-Uni et les États-Unis sont parties à la Convention de La Haye sur la notification des actes, qui encadre la transmission d'une assignation vers le Royaume-Uni. Une notification régulière fait courir des délais stricts, et l'inaction expose à un default judgment, jugement par défaut souvent lourd et exécutable au-delà des États-Unis. Une demand letter peut précéder toute procédure.
Les affaires commerciales sont tranchées par un juge, jamais par un jury. L'Angleterre dispose de juridictions spécialisées réputées, au sein des Business and Property Courts (dont la Commercial Court, la Technology and Construction Court ou les tribunaux de propriété intellectuelle). Les juges gèrent activement le calendrier, et les affaires sont orientées selon leur montant. La preuve passe par la disclosure, chaque partie devant révéler les documents qui la desservent comme ceux qui la servent, sous peine de sanctions. Il n'existe pas de deposition : les déclarations de témoins sont échangées par écrit.
Aux États-Unis, à l'inverse, la discovery peut être longue et coûteuse, le contre-interrogatoire (cross-examination) est central et l'aléa du jury pèse sur l'issue. Un même dossier peut donc se dérouler et coûter très différemment. Les délais de prescription (statutes of limitations) varient en outre selon l'État américain et le type de litige, et une action tardive peut être irrecevable, indépendamment de son bien-fondé. Cette asymétrie explique qu'une affaire jugée modeste dans un système puisse devenir redoutable dans l'autre, et justifie d'anticiper le risque bien avant qu'un différend ne survienne.
La différence de régime des coûts a des conséquences stratégiques majeures. En Angleterre, le risque d'être condamné aux frais de l'adversaire dissuade les procédures téméraires, mais expose aussi le perdant à une facture élevée. Aux États-Unis, l'absence de ce mécanisme signifie qu'une entreprise britannique qui gagne son procès ne récupérera, en principe, pas ses honoraires d'avocat, sauf loi ou clause contractuelle spécifique. Anticiper ce point, notamment par une clause d'honoraires, change l'équation économique d'un litige américain.
En l'absence de convention bilatérale générale entre le Royaume-Uni et les États-Unis, la reconnaissance d'un jugement américain en Angleterre s'appuie sur les règles de common law, souvent par une action fondée sur le jugement étranger, avec des conditions tenant notamment à la compétence du tribunal d'origine et à l'ordre public. Dans l'autre sens, saisir des actifs situés aux États-Unis ou y collecter des preuves obéit à des règles américaines précises qu'il faut anticiper.
Londres est l'un des grands centres mondiaux de l'arbitrage international. Pour un litige transatlantique, l'arbitrage offre un forum neutre, le choix du droit, de la langue et des arbitres, et une reconnaissance internationale des sentences via la Convention de New York de 1958, à laquelle le Royaume-Uni et les États-Unis sont parties. Une sentence est ainsi souvent plus facile à faire reconnaître qu'un jugement étatique, comme pour un litige impliquant la Suisse et les États-Unis.
Les litiges concernent fréquemment des contrats commerciaux et de fourniture, des différends entre associés, la finance, la propriété intellectuelle, les technologies ou les services. Londres et New York étant deux places d'affaires majeures, les dossiers à dimension transatlantique y sont nombreux, souvent à fort enjeu.
Beaucoup de litiges transatlantiques se jouent dès la signature du contrat. Plusieurs clauses méritent une vigilance particulière : la clause de droit applicable (quel droit régira le contrat), la clause attributive de juridiction ou d'arbitrage (où et comment un litige sera tranché), la clause relative aux honoraires (pour ne pas supporter seul le coût d'un procès américain) et, le cas échéant, une clause de confidentialité. Faire relire ces clauses au regard du droit américain avant de contracter est un investissement de prévention modeste au regard du coût d'un litige. Une clause d'arbitrage bien rédigée permet souvent d'éviter de plaider devant les tribunaux de la partie adverse et de sécuriser l'exécution d'une éventuelle décision. À l'inverse, une clause imprécise ou absente laisse toute latitude à la partie la mieux armée pour imposer son terrain, ce qui, dans un litige transatlantique, joue rarement en faveur de l'acteur étranger.
L'Angleterre connaît un mécanisme d'actions collectives, la group litigation, présenté comme l'équivalent de la {L('class-action-recours-collectif-etats-unis','class action')} américaine. Il permet de regrouper des demandes soulevant des questions communes, par exemple dans les grands contentieux de consommation ou de responsabilité. Le fonctionnement diffère toutefois du modèle américain, notamment sur l'adhésion au groupe et le régime des coûts.
Pour une entreprise francophone exposée des deux côtés de l'Atlantique, cette dualité signifie qu'une même pratique peut donner lieu à des actions collectives de nature différente au Royaume-Uni et aux États-Unis, avec des enjeux financiers et procéduraux distincts.
Lorsqu'un contrat le permet, le choix du for est stratégique. Londres offre des juridictions commerciales réputées, la règle du perdant payeur et un statut de capitale de l'arbitrage. New York offre l'accès au marché américain, mais avec la discovery, l'aléa du jury et la règle où chacun garde ses frais. Ce choix, opéré dès la clause du contrat, engage durablement la manière dont un futur litige se déroulera.
Même pour un acteur britannique rompu à la common law, la procédure américaine, ses coûts et ses règles d'exécution restent spécifiques. Le cabinet Newman Litigation accompagne une clientèle francophone et internationale confrontée à des litiges aux États-Unis, y compris dans un contexte impliquant le Royaume-Uni. Vous pouvez prendre contact avec le cabinet pour un premier échange.
Elles partagent la common law, mais diffèrent nettement : coûts (perdant payeur en Angleterre, chacun ses frais aux États-Unis), discovery américaine plus large que la disclosure anglaise, jury civil aux États-Unis, et profession partagée entre barristers et solicitors en Angleterre.
En principe non, contrairement à l'Angleterre. La règle américaine laisse à chacun ses honoraires, sauf loi spécifique ou clause contractuelle prévoyant le transfert des frais.
Il n'existe pas de convention bilatérale générale. La reconnaissance s'appuie sur les règles de common law, souvent via une action fondée sur le jugement, avec un contrôle notamment au regard de l'ordre public.
Londres est un centre mondial de l'arbitrage international, offrant un forum neutre et une reconnaissance internationale des sentences via la Convention de New York, souvent plus simple à exécuter qu'un jugement étatique.
C'est un mécanisme d'action collective anglais, présenté comme l'équivalent de la class action américaine, permettant de regrouper des demandes ayant des questions communes. Son fonctionnement diffère toutefois du modèle américain.
Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique.