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Litige entre l'Espagne et les États-Unis : le guide pour les entreprises et particuliers espagnols

Litige entre l'Espagne et les États-Unis : compétence, procédure, coûts, exécution des jugements et arbitrage. Le guide pour les hispanophones et francophones.

L'Espagne entretient des relations commerciales denses avec les États-Unis, et de nombreuses entreprises francophones y ont aussi des intérêts. Lorsqu'un différend prend une dimension transatlantique, la procédure américaine surprend, très différente du système espagnol, fondé sur un droit civil. Voici ce qu'un acteur espagnol ou francophone impliqué dans des relations entre l'Espagne et les États-Unis doit comprendre.

Pourquoi un litige américain surprend-il autant depuis l'Espagne ?

Le droit américain relève de la common law, tandis que l'Espagne appartient à la tradition de droit civil, au sein de l'Union européenne. Plusieurs traits du procès américain n'ont pas d'équivalent :

  • La discovery, échange de preuves très large, absente de la procédure espagnole où chaque partie apporte ses propres preuves.
  • Le jury civil, inexistant en Espagne (réservé à certaines affaires pénales), où les juges tranchent.
  • Les punitive damages, propres au droit américain.
  • Le contingency fee et la règle américaine selon laquelle chaque partie garde en principe ses frais d'avocat.

Un tribunal américain peut-il vous juger ?

Oui, sous conditions. La compétence d'un tribunal américain sur une partie étrangère repose sur la personal jurisdiction : il faut des minimum contacts suffisants avec l'État américain concerné (ventes régulières, représentant local, contrat soumis au droit d'un État américain, ciblage du marché). Nier ou ignorer cette compétence ne fait pas disparaître le risque : la contester utilement suppose de le faire selon les règles de procédure locales et dans les délais impartis, non en restant passif. C'est l'un des points où l'accompagnement d'un avocat américain, dès la réception d'une assignation, se révèle déterminant pour préserver ses droits et éviter qu'une décision ne soit rendue en son absence.

Exemple concret : une société espagnole qui exporte régulièrement vers les États-Unis et signe un contrat soumis au droit d'un État américain peut être attraite devant les juridictions de cet État en cas de différend.

Être assigné aux États-Unis : que faire ?

Ne jamais ignorer une assignation américaine. L'Espagne et les États-Unis sont parties à la Convention de La Haye sur la notification des actes, qui encadre la transmission d'une assignation vers l'Espagne. Une notification régulière fait courir des délais stricts, et l'inaction expose à un default judgment, jugement par défaut souvent très défavorable et exécutable au-delà des États-Unis. Réagir vite, avec un conseil qui maîtrise la procédure américaine, est déterminant. Une demand letter peut constituer une première étape.

Quelles différences concrètes avec la procédure espagnole ?

Les affaires sont tranchées par un juge, jamais par un jury. L'Espagne dispose de tribunaux de commerce spécialisés (juzgados de lo mercantil), même si leur procédure reste proche de celle des juridictions civiles ordinaires. La preuve repose sur les pièces apportées par chaque partie, sans discovery ni interrogatoire préalable des témoins ; ceux-ci sont entendus à l'audience. Les délais peuvent atteindre plusieurs années entre l'introduction de l'action et l'exécution du jugement.

Aux États-Unis, à l'inverse, la discovery peut être longue et coûteuse, le contre-interrogatoire (cross-examination) est central et l'aléa du jury pèse sur l'issue. Un même dossier peut donc se dérouler et coûter très différemment. Les délais de prescription (statutes of limitations) varient en outre selon l'État américain et le type de litige, et une action tardive peut être irrecevable, indépendamment de son bien-fondé. Cette asymétrie explique qu'une même affaire puisse paraître modeste dans un système et redoutable dans l'autre, et justifie d'anticiper le risque bien avant qu'un différend ne survienne, plutôt que de le découvrir sous la pression d'une assignation.

Coûts, procédure rapide et médiation

Deux points distinguent nettement l'Espagne des États-Unis. Côté coûts, l'Espagne applique en principe la règle des costas : la partie perdante peut être condamnée à rembourser les frais, honoraires d'avocat compris, sauf exception ou décision contraire du juge. Côté procédure, un mécanisme simplifié (le monitorio) permet de recouvrer plus rapidement des créances de faible montant. Enfin, face à la lenteur des tribunaux, de nombreuses entreprises prévoient la médiation dans leurs contrats, une logique que l'on retrouve aussi aux États-Unis.

Comment faire exécuter un jugement américain en Espagne (et inversement) ?

Un jugement n'a d'intérêt que s'il peut être exécuté là où se trouvent les actifs. En l'absence de convention bilatérale générale avec les États-Unis, la reconnaissance d'un jugement américain suppose une procédure d'exequatur selon le droit local, avec une réserve d'ordre public susceptible d'écarter certains aspects, comme des dommages punitifs. Dans l'autre sens, saisir des actifs situés aux États-Unis ou y collecter des preuves obéit à des règles américaines précises qu'il faut anticiper.

L'arbitrage international, une meilleure voie pour ces litiges ?

Pour de nombreuses relations transatlantiques, l'arbitrage international mérite d'être envisagé dès la rédaction du contrat. Il offre un forum neutre, le choix du droit, de la langue et des arbitres, et surtout une reconnaissance internationale des sentences via la Convention de New York de 1958, à laquelle l'Espagne et les États-Unis sont parties. Une sentence est ainsi souvent bien plus facile à faire reconnaître qu'un jugement étatique, comme pour un litige impliquant la Suisse et les États-Unis.

Quels différends opposent le plus souvent Espagne et États-Unis ?

Les litiges concernent fréquemment des impayés et des inexécutions de contrats, la distribution, la responsabilité du fait des produits exportés, la propriété intellectuelle ou des différends entre associés. Pour une entreprise espagnole ou francophone active sur le marché américain, l'exposition au droit des États-Unis est réelle et mérite d'être anticipée dès la négociation des contrats.

Comment limiter les risques dès le contrat ?

Beaucoup de litiges transatlantiques se jouent dès la signature du contrat. Plusieurs clauses méritent une vigilance particulière : la clause de droit applicable (quel droit régira le contrat), la clause attributive de juridiction ou d'arbitrage (où et comment un litige sera tranché), la clause relative aux honoraires (pour ne pas supporter seul le coût d'un procès américain) et, le cas échéant, une clause de confidentialité. Faire relire ces clauses au regard du droit américain avant de contracter est un investissement de prévention modeste au regard du coût d'un litige. Une clause d'arbitrage bien rédigée permet souvent d'éviter de plaider devant les tribunaux de la partie adverse et de sécuriser l'exécution d'une éventuelle décision, deux enjeux majeurs dans un dossier international. À l'inverse, un contrat muet sur ces questions laisse toute latitude à la partie la mieux armée pour imposer son terrain, ce qui joue rarement en faveur de l'acteur étranger.

Le rôle de la médiation dans les contrats espagnols

Face à la durée et au coût des procédures, de nombreuses entreprises espagnoles insèrent des clauses de médiation ou d'arbitrage dans leurs contrats. Cette culture du règlement amiable rejoint la pratique américaine de la {L('mediation-aux-etats-unis','médiation')} et de la transaction. Pour un contrat hispano-américain, choisir en amont un mode de résolution adapté (médiation préalable, puis arbitrage) permet souvent de gagner du temps et d'éviter l'incertitude d'un procès dans un système que l'on ne maîtrise pas.

Pourquoi se faire accompagner par un avocat américain ?

Un litige impliquant l'Espagne et les États-Unis mêle compétence juridictionnelle, procédure américaine, coûts et exécution des décisions. Le cabinet Newman Litigation accompagne une clientèle francophone et internationale confrontée à des litiges aux États-Unis, y compris dans un contexte impliquant l'Espagne. Vous pouvez prendre contact avec le cabinet pour un premier échange.

Questions fréquentes sur les litiges Espagne–États-Unis

Récupère-t-on ses frais d'avocat en gagnant ?

En Espagne, la partie perdante peut être condamnée aux costas, honoraires compris, sauf exception. Aux États-Unis, la règle est inverse : chacun garde en principe ses frais, sauf loi ou clause contractuelle.

Un jugement américain est-il exécutable en Espagne ?

Il n'existe pas de convention bilatérale générale. La reconnaissance suppose une procédure d'exequatur selon le droit espagnol, avec une réserve d'ordre public, notamment sur les dommages punitifs.

Y a-t-il une discovery en Espagne ?

Non. Chaque partie apporte ses propres preuves et les témoins sont entendus à l'audience, sans la phase de discovery propre au procès américain.

Combien de temps dure une procédure en Espagne ?

Plusieurs mois à deux ans en première instance, davantage avec appel et exécution. Cette durée conduit de nombreuses entreprises à prévoir la médiation ou l'arbitrage dans leurs contrats.

La médiation est-elle courante en Espagne ?

Oui, notamment chez les grandes entreprises, qui la prévoient fréquemment dans leurs contrats face à la lenteur des tribunaux. Elle peut constituer une étape utile avant tout contentieux.

Faut-il privilégier l'arbitrage dans un contrat Espagne–États-Unis ?

C'est souvent une option pertinente, en raison de la reconnaissance internationale des sentences via la Convention de New York, à laquelle l'Espagne et les États-Unis sont parties. Le choix dépend toutefois du contrat et de la nature du litige.

Cet article a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique.